Où l'on apprend que l'on peut être jaloux d'une œuvre d'art.
Ryûshi Kawabata, Le Pavillon d'or en feu, vers 1950, peinture, 142 × 239 cm, Musée national d'Art moderne de Tokyo
Japon, 1950. Tout le pays est en émoi. Le célèbre Pavillon d’or de Kyôto, vient de disparaître dans les flammes. Pire, l’incendie est criminel : c’est l’œuvre d’un jeune moine bouddhiste qui étudiait dans ce temple ! Que s’est-il donc passé ?
Si le drame suscite une telle émotion, c’est qu’il ne s’agit pas de n’importe quel monument. Le Pavillon d’or est l’un des derniers vestiges du Rokuon-ji, un grand temple fondé au 14e siècle par le shogun, le dirigeant du pays. Comme toujours au Japon, c’est en bois qu’ont été édifiés les bâtiments : tous les autres pavillons ont d’ailleurs déjà disparu dans les flammes peu après leur construction…
Évidemment, sa notoriété, l’édifice la doit également à la beauté de son architecture. Les deux premiers niveaux sont construits dans le style des demeures aristocratiques, tandis que le dernier étage est conforme aux temples du bouddhisme dit "zen" : les fenêtres en forme de cloche en sont caractéristiques.
En haut : Adolfo Farsari, photographie peinte du Pavillon d'or, vers 1885 (la feuille d'or se décollait alors en raison du passage du temps)
En bas : le Pavillon d'or après l'incendie criminel de 1950
Mais surtout, comme son nom l’indique, le bâtiment est recouvert de feuilles d’or. Elles se reflètent de jour comme de nuit dans l’étang sur lequel le Pavillon d’or semble flotter. Et si c’était cette trop grande beauté qui avait causé sa perte ?
C’est en tout cas une théorie qui a fait couler beaucoup d’encre. L’incendiaire, arrêté non loin du drame, est une personne instable dont les motivations n’ont jamais été vraiment éclaircies. Le bruit court pourtant que ce pyromane, lui-même d’une grande laideur, aurait avoué avoir agi par hainepour la perfection du pavillon.
Simple rumeur, ou réalité ? Pour se faire un avis, il est toujours possible d’admirer le Pavillon d’or. Reconstruit à l’identique quelques années plus tard, selon l’habitude japonaise en cas de destruction, le temple s’élève toujours paisiblement sur son miroir d’eau, comme si rien ne s’était passé…
Le Pavillon d'or en 2018. Photo : Ozaki Baka, CC BY-SA 4.0
"La beauté est dans les yeux de celui qui regarde" - Oscar Wilde
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