1954, Haute-Savoie. Alors qu'un mariage se prépare dans la petite église du Plateau d'Assy, un scandale éclate. Impossible de procéder à la cérémonie devant l’autel principal : la mariée s’y refuse !
Cette dernière n’est autre que Germaine Richier, une sculptrice illustre... et l’auteure du crucifix qui orne le chœur de l’église. Commandée quatre ans plus tôt, l’œuvre s’inscrit dans un ambitieux projet d’art sacré. Des artistes comme Matisse, Chagall et Richier se sont réunis à la demande de deux prêtres pour décorer cette nouvelle église à la pointe de l’art moderne. Le tout est destiné aux tuberculeux des hôpitaux environnants, privés d’église.
Lorsque la sculptrice décide de se marier, quoi de plus logique que de le faire au pied de "son" Christ ? C'est là que les ennuis commencent...
En effet, en entrant dans l’église, Richier ne retrouve pas son œuvre dans le chœur. Le Christ en bronze a été relégué dans la discrète chapelle des morts, tout au fond de l’édifice. La raison ? Le Christ, silhouette décharnée au visage lacéré, évoque la souffrance des tuberculeux. Il semble même fusionner avec la croix qui le soutient...
Et son aspect passe mal auprès de certains croyants qui crient à l’outrage. Un cardinal parle même de "scandale pour la piété des fidèles" ! L’œuvre a beau être défendue par d’autres prêtres et les historiens de l’art, cela ne suffit pas... Voilà pourquoi Richier constate qu’on a préféré la placer loin des regards. Mais l’artiste ne l’entend pas de cette oreille : ni une ni deux, elleexige de déplacer son mariage dans la chapelle des morts.
Article paru dans Tribune Libre, vers 1950
Hélas, la sculptrice ne verra jamais le retour de son œuvre dans le chœur de l’église en 1969, dix ans après sa mort. Mais elle aura au moins vécu unecérémonie inoubliable en sa compagnie !
Anonyme, Portrait de Germaine Richier, vers 1955. Photo : DR
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