| Chère lectrice, cher lecteur, Le Temps était la semaine dernière le seul média suisse accrédité au 73e Congrès de la FIFA à Kigali. Pourquoi se rendre au Rwanda pour une élection jouée d'avance?, se sont sans doute demandés nos confrères. En l'absence de toute opposition, Gianni Infantino a été reconduit par acclamation et pour quatre ans. L'Italo-Valaisan, qui avait surgi du chaos en 2016 pour récupérer le siège abandonné par Sepp Blatter (avec l'aide du FBI) et verrouiller la place, peut même espérer régner sur le football mondial jusqu'en 2031. Pourquoi donc aller à Kigali en pleine saison des pluies? Notre but était de comprendre la très grande popularité de Gianni Infantino, laquelle contraste avec la détestation dont il fait l'objet en Europe. Achète-t-il les votes des 54 pays africains (plus d'un quart des 211 membres de la FIFA )en les arrosant de subventions, comme nous avons tendance à le penser? Est-il victime de préjugés occidentaux hérités du colonialisme, comme il a l'air de le croire? La vérité, comme souvent, est nuancée et complexe. A Kigali, nous avons pris la mesure d'un monde qui change. Les pays africains, confortés par la première Coupe du monde organisée en pays arabe et la quatrième place de l'équipe du Maroc, ne supportent plus un système qui les maintient dans un second rôle. Ils veulent plus de places en Coupe du monde, plus de possibilités de matchs internationaux, plus de moyens pour développer les compétitions locales et le talents locaux. Gianni Infantino entend cela - «Blatter parlait, Infantino écoute», nous a-t-on dit plusieurs fois -, il le permet en bouleversant les calendriers et en finançant des programmes de formation. La vision européenne du football est celle d'une industrie de loisir au bord de la saturation et qu'il convient de préserver en prônant la décroissance et la bonne gouvernance. La vision africaine est celle d'une activité encore en friche, riche de promesses économiques, politiques et symboliques. On peut débattre de ses motivations mais Gianni Infantino a choisi son camp, clairement. C'est ce que nous avons appris à Kigali. Bonne lecture! | – Laurent Favre, chef de rubrique Sport | |
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