| Chère lectrice, cher lecteur, Ce nom ne vous est peut-être pas familier, mais il faut le retenir: Krystian Lupa a pris ses quartiers de printemps à la Comédie de Genève. Trois après-midi, j'ai eu la chance d'assister au travail du maître polonais, de veiller, comme le hibou, dans l'ombre d'un géant du théâtre. A qui comparer cet artiste de 79 ans? A Alberto Giacometti peut-être, pour sa façon de sculpter l'humain d'une pièce à l'autre, d'affiner sa figure. Au cinéaste russe Andreï Tarkovski plus encore, pour sa science d'un récit en bordure de songe et de métaphysique. Krystian Lupa voit grand, mais dans les plis de l'âme. Depuis le 6 mars, il répète à Genève Les Emigrants, de l'auteur allemand W. G. Sebald. L'histoire plonge dans les brumes de l'après-Seconde Guerre mondiale. Un homme enquête sur le suicide d'un instituteur radié sous le nazisme à cause de ses origines juives. Le même homme poursuit l'ombre d'un grand-oncle qui a fui la barbarie et s'est réfugié aux Etats-Unis. Ce spectacle total – dans lequel s'insère un film tourné à Genève et en France voisine – promet d'être à l'image de Lupa: vaste – quatre heures de traversée annoncées –, personnel, envoûtant. Certitude: les comédiens romands engagés dans cette production n'avaient jamais travaillé ainsi. Ils m'ont raconté ce chambardement qui les conduira, après Genève, au Festival d'Avignon, à Paris, Strasbourg et Milan. Bonne lecture! | – Alexandre Demidoff | |
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