| Chère lectrice, cher lecteur, Je vous écris cette semaine depuis Budapest, où je suis arrivé samedi matin pour couvrir les Championnats du monde d'athlétisme. L'événement a commencé fort avec la déroute coordonnée, bien malgré elles, de plusieurs favorites néerlandaises, la médaille d'or du lanceur de poids Ryan Crouser qui avait annoncé la veille souffrir de caillots sanguins ou encore le titre sur 100 m de l'ultra-charismatique Noah Lyles, qui fait prendre conscience à l'athlétisme que si Usain Bolt est si difficile à oublier, c'est peut-être moins en raison de ses chronos que de son sens du spectacle. En journalisme, on appelle ça «des histoires». La chair humaine qui donne du relief au squelette des résultats. «Ça fait plaisir, me confiait un confrère dimanche après-midi, parce que l'athlétisme, ça peut parfois être un peu sec… Au fond, ce n'est que des chiffres et des listes.» Oui, on s'inquiète toujours un peu, avant un reportage lors d'une grande compétition, des histoires qu'on va trouver à raconter. Même si l'on sait d'expérience qu'il y en a toujours. Que le sport n'est jamais qu'une affaire de temps, de classements, de podiums. Le sport, ce sont les doutes et les efforts d'adaptation d'une championne blessée qui ne veut pas renoncer à un grand championnat, parce que c'est ce qui donne du sens à tous ses sacrifices, comme me l'a raconté Mujinga Kambundji pendant sa préparation pour les Mondiaux. Elle disputera les demi-finales, et peut-être la finale, du 100 m ce lundi. Le sport, c'est un vecteur d'émancipation pour les sportifs d'Afrique de l'est, mais la médaille possède un revers cruel pour les coureuses, particulièrement touchées par les violences conjugales, comme a pu s'en rendre compte Caroline Christinaz lors de son récent reportage au Kenya. Le sport, ce sont des hauts et des bas, des joies et des déboires, un pas en avant puis deux en arrière, une vie à poursuivre un objectif dont on ne sait pas vraiment profiter lorsqu'il est atteint… En s'engageant à suivre le tennisman Antoine Bellier tout au long de sa carrière professionnelle, peu importe son développement, Laurent Favre ne s'attendait pas forcément à faire la chronique d'un tel voyage intérieur. Spoiler sans conséquence: la saison 9 est aussi passionnante que les précédentes, même si son personnage principal a régressé dans la hiérarchie mondiale. Dimanche à Budapest, en conférence de presse, le sprinteur Noah Lyles a lancé aux journalistes que Zharnel Hughes (médaillé d'argent), Letsile Tebogo (bronze) et lui (or) apportaient la preuve que les rêves se réalisaient pour peu qu'on y croie vraiment. Cas classique de biais des survivants, où les chances de succès sont surévaluées à l'aune de l'expérience de ceux qui ont réussi. Les autres ne rêvent pas moins fort, et leurs histoires méritent aussi d'être racontées. Bonne lecture et bonne semaine! | – Lionel Pittet, journaliste à la rubrique Sport | |
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