Où l'on constate que des époux n'ont pas toujours les mêmes goûts.
Amedeo Modigliani, Paul Guillaume, Novo Pilota, 1915, collection Jean Walter – Paul Guillaume, huile sur carton collé sur contre-plaqué parqueté, 105 x 75 cm, Musée de l’Orangerie, Paris
1977, Paris. Cent-quarante-six tableaux viennent de rejoindre le musée de l’Orangerie pour rencontrer le public. Jusque-là, ils constituaient la collection privée Walter-Guillaume.
Un nom plutôt surprenant car, si Paul Guillaume fut bien un collectionneur réputé, Jean Walter, lui, n’avait qu’un goût modéré pour l’art. En réalité, derrière leurs noms s’en cache un autre : celui de Domenica, l’épouse des deux hommes successivement…
Eh oui, à l’origine, cette collection est l’œuvre d’un seul passionné : Paul Guillaume. Amoureux d’art africain et défenseur de l’art moderne, il forge pendant plus de vingt ans une collection visionnaire.
Sur les conseils de son ami, le poète Apollinaire, il achète des toiles d’artistes particulièrement novateurs et encore inconnus comme Utrillo, Chirico et Modigliani. Le jeune marchand d’art soutient particulièrement Modigliani - qui vivote difficilement - et lui présente du beau-monde. Il lui loue même un atelier !
Paul Guillaume et Amedeo Modigliani à Nice en 1917, Musée de l’Orangerie, Paris
Aujourd’hui, pourtant, si les visiteurs du musée de l’Orangerie peuvent toujours admirer des Modigliani, ils seraient bien en peine de trouver un Chirico ou une collection d’art africain… Où sont donc passés tous ces chefs-d’œuvre ?
À la mort de Paul en 1934, Domenica hérite de la collection et du droit d’en disposer comme elle le souhaite. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’épouse n’a pas les mêmes sensibilités que le mari !
Elle vend quelques Modigliani, les Matisse les plus modernes, l’ensemble des Chirico ou encore toutes les pièces d’art africain. À la place, elle achète des toiles impressionnistes, plus à son goût.
En quelques années, Domenica transforme la collection avant-gardiste de Paul en une collection centrée sur ce que l’on appelle "le retour à l’ordre", la période de l'entre-deux-guerres qui voit certains artistes revenir à des inspirations plus classiques.
Enfin, Domenica laisse une dernière trace de son passage : au nom de Paul Guillaume, elle accole celui de son nouveau mari, Jean Walter, donnant finalement son propre nom à la collection !
"Je ne réponds pas d'avoir du goût, mais j'ai le dégoût très sûr.” - Jules Renard
En savoir plus
La rencontre entre Modigliani et Guillaume a changé la trajectoire des deux hommes. Cette relation charnière dans la vie d'Amedeo Modigliani vous intrigue ? Beaux Arts, le magazine qui explore le meilleur de l'actualité artistique et culturelle, y consacre justement un hors-série.
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