Egon Schiele, Portrait d'Arnold Schönberg, 1917, huile sur toile, Neue Galerie, New York
3 septembre 1912, Queen’s Hall, Londres. Ce soir-là se tient la première des Cinq piècespour orchestre du compositeur autrichien Arnold Schönberg. Le programme annonce la couleur : "Toutes les pièces se terminent de manièrechaotique"... Il paraît que les musiciens eux-mêmes ont rencontré des difficultés avec l’œuvre lors des répétitions. Schönberg serait-il un débutant ?
Au contraire, l’artiste est plutôt à l’avant-garde de sa discipline ! En décryptant ses Cinq pièces, on peut d’ailleurs y détecter des expérimentations novatrices, dont l’idée de Klangfarbenmelodie. Développé par le compositeur, ce concept se traduit par “mélodie des timbres”.
Cela signifie qu’il s’intéresse particulièrement autimbre, c’est-à-dire à la sonorité bien particulière qui donne à chaque instrument ou à chaque voix sa signature, sa “couleur” (Farbe, en allemand).
Cliquez pour écouter un extrait Partition d'Arnold Schönberg, Cinq pièces pour orchestre, 1909, début de la troisième pièce nommée Farben ("Couleurs") qui présente des expérimentations de Klangfarbenmelodie
L'orchestre symphonique de Londres sur la scène du Queen's Hall, 1911
Et concrètement, en quoi consiste cette “mélodie des timbres” ? Schönberg fait jouer quelques notes par un instrument, puis les quelques suivantes par un autre, et ainsi de suite. Dans cette sorte de relais, c’est principalement lasuccession des différents timbres qui crée la musique, alors qu’habituellement la composition se concentre sur la hauteur des notes, leur durée et le rythme pour créer la mélodie.
Le résultat de la Klangfarbenmelodie est épuré, très expressif… et surtout étonnant pour nos spectateurs ! Comme annoncé par le programme, le chaos se fait ressentir aussi dans la salle.
À la fin du concert, un tiers des spectateurs se met à siffler, un autre tiers rit aux éclats, alors que les derniers sont si perplexes qu’ils sont sans voix.
Caricature du "Skandalkonzert", concert organisé et dirigé par Schönberg en 1913, parue dans Die Zeit
Heureusement, le public a été au rendez-vous plus d’une fois, et Schönberg est aujourd’hui entré dans l’histoire comme le fondateur d’un mouvement musical important : laSeconde École de Vienne… Plus de 100 ans après cette première mouvementée, on ne compte plus les représentations des Cinq pièces !
"Mon travail doit être jugé tel qu'il entre dans les oreilles et la tête des auditeurs, et non tel qu'il est décrit aux yeux des lecteurs". Arnold Schönberg
En savoir plus
Cet aperçu de la carrière de Schönberg vous a intrigué ? Les 9, 10 et 11 janvier, la Philharmonie de Paris vous propose une immersion dans l'univers singulier de ce compositeur visionnaire.
Une sélection de 12 œuvres compose ce panorama musical, qui transportera les auditeurs à travers les différentes phases de l'évolution musicale de Schönberg. Et l’ouïe ne sera pas le seul sens stimulé…
Jouant avec les lumières et l’espace, la mise en scène convoque également les écrits et les tableaux peints par le compositeur ! Pour en savoir plus sur ce spectacle inédit, c’est par ici.
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Racontée en partenariat avec La Philharmonie de Paris
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