| | | | | | | | | | | | Bonjour à toutes et à tous, | | | | | Des millions de voyageurs ont foulé le sol de Cherbourg du 19e au 20e siècle, avant de voguer vers d'autres horizons.
Dans ce numéro spécial, cette semaine, nous explorons les aventures transatlantiques de la "porte des Amériques", thème du dernier hors-série de La Presse de la Manche.
120 pages d'une formidable épopée, dans le sillage des grands navires qui ont jalonné l'histoire maritime locale, à l'écoute des témoins et acteurs des dernières grandes heures du trafic transatlantique, et en arpentant les quais et la salle des pas perdus de la salle maritime.
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Bonne lecture, | | | | | | | Frédéric Patard Responsable des hors-séries La Presse de la Manche | | | | Cherbourg, sur la route des Amériques | | | | | | Un panneau de la gare Saint-Lazare, à Paris, en 1957, promeut le train transatlantique à destination de Cherbourg ©Section cinématographique SNCF | | | | | Partir pour fuir la misère, partir pour fuir un pays où on n'est pas libre, voire persécuté pour ses opinions politiques ou religieuses. Partir pour se donner une nouvelle chance.
L'envie d'exode de millions de personnes vivant dans toute l'Europe prend son essor à partir de la moitié du XIXe siècle.
Cette envie d'exode est encouragée par deux phénomènes : le progrès technique qui permet, par le train puis par les bateaux, de franchir des milliers de kilomètres à travers l'Europe, puis à travers l'Atlantique.
Ensuite, par le fait que les jeunes nations américaines (Nord et Sud) ont besoin de populations pour peupler leurs vastes espaces et fournir une main-d'œuvre à leur économie naissante. | | | | | | De 1869 à 1969, quatre millions de personnes sont passées par le port transatlantique de Cherbourg, dans les deux sens. On peut raisonnablement estimer qu'un million étaient des migrants, le reste étant des passagers "normaux".
Un chiffre important, mais qui place Cherbourg en dessous des grands ports d'émigration européens qu'ont été Hambourg, Liverpool ou encore Gênes.
Entre 1890 et 1920, ils seront ainsi plus de 18 millions d'Européens à venir s'installer aux Etats-Unis.
1926 fut une année record, avec 82 188 émigrants passés par Cherbourg. | | | | Les paquebots, ces géants des mers | | | | | | Le Queen Mary à Long Beach ©Christophe Finot / Wikimedia | | | | | A partir des années 1830, la navigation à vapeur prend lentement, mais sûrement le pas sur la navigation à voile. Quand il fallait auparavant un mois pour traverser l'Atlantique, il suffit désormais d'une grosse dizaine de jours.
Les progrès de la construction navale avançant à grand pas dans cette époque de révolution industrielle, on voit rapidement apparaître des navires non seulement plus rapides (grâce à la vapeur et l'hélice), mais aussi plus réguliers (dépendant de moins en moins des vents), plus solides (l'acier remplaçant le bois), et plus grands.
Autant d'innovations qui ouvrent de nouvelles perspectives commerciales dans les relations maritimes entre l'Europe et les Amériques.
On voit alors naître en l'espace de quelques années les grandes compagnies maritimes qui vont régner sur les océans pendant des décennies : la Royal mail anglaise est fondée en 1838, suivie en 1840 par la Cunard, en 1845 par la White Star, en 1847 par la Hamburg Amerika, puis en 1857 par la Norddeutscher Lloyd. | | | | | | | 🤠 Fuite vers l'Ouest. Grâce à la vitesse de traversée, Cherbourg s'inscrit sur la carte des ports d'émigration européenne vers l'Amérique dès le XIXe siècle.
💨 Le plus rapide. Le "Ruban Bleu" récompense le navire ayant traversé le plus rapidement l'Atlantique. Le dernier paquebot détenteur du trophée est le United States, qui en 1952 traverse l'Atlantique en 3 jours, 10 heures et 40 minutes (sens est-ouest) et 3 jours 12 heures et 12 minutes (sens ouest-est).
🚢 La Queen Mary. Inauguré en 1936, le paquebot de la compagnie Cunard fait 310 mètres de long. De 1936 à 1967, il permet une traversée de l'Atlantique par semaine (dans les deux sens). 1560 passagers peuvent embarquer.
🕵️ Queen maps. On peut visiter le Queen Mary sur Google Maps Le Queen Mary peut emmener 1 560 passagers (1 850 pour le Normandie). Pendant la WW2, 16 683 soldats sont transportés en un seul voyage.
🛳️ Royal mail. Très présente à Cherbourg pendant près d'un siècle, entre 1869 et 1964, avec ses paquebots Aragon ou Andes. Elle était la seule compagnie, qui en passant par Cherbourg, permettait de gagner l'Amérique du Sud (Brésil, Uruguay et Argentine) en quinze jours au mieux. | | | | Pourquoi, en anglais, les navires sont-ils toujours du genre féminin ? | | | | | Dans la langue anglaise, le "she" (ou le "he" masculin) sont strictement réservés aux êtres humains, et tout le reste (objet, animal...) est habituellement désigné en anglais par le prénom neutre "it".
Sauf... Sauf si, par exemple, on entretient une relation spéciale avec un objet ou un animal. Quand ils parlent avec adoration du Queen Mary 2, les Anglais utilisent donc le prénom "she", alors qu'en français, on dit "le" Normandie, le Queen Mary ou la Jeanne d'Arc.
Pourquoi ? On pense qu'autrefois, les femmes étant interdites à bord, les marins procédaient à un "transfert amoureux" vers leur bateau, celui-ci étant dès lors désigné par un prénom féminin. | | | | | | On savait qu'on était le lundi ou le jeudi en entendant les sirènes du Queen.
| | | | | — Gérard, souvenir d'enfance d'un Cherbourgeois. | | | | | | Le 14 avril 2004, 100 000 personnes accueillent le Queen Mary 2 pour sa première escale à la gare transatlantique de Cherbourg. Toujours opérationnel, aujourd'hui, le paquebot de 345 mètres de long peut accueillir 4 000 personnes (passagers et membres d'équipage). Il est l'un des dix plus gros paquebots du monde aujourd'hui. | | | | | | | | | | La gare transatlantique de Cherbourg ©DR | | | | | Il fallait à Cherbourg un bâtiment aussi grand que les rêves d'Amérique des voyageurs et migrants. Inaugurée en 1933, sa gare transatlantique était attendue depuis les années 20.
A son inauguration, la presse française l'appelle "gare maritime de Paris" ou "porte de France". On y arrive directement en train depuis Paris, dans un hall qui peut accueillir quatre convois. Elle remplace une première mouture, moins monumentale, de la gare maritime inaugurée en 1912.
La salle des pas perdus et la salle des bagages séparent le grand hall des trains du quai de France, où les paquebots amarrés attendent leurs passagers. Dans la salle des pas perdus, on trouve plusieurs commerces : un bar, une poste, une parfumerie.
Elle a été pensée par l'architecte René Levavasseur, qui avait déjà été sollicité pour l'hôtel Atlantique. L'immensité des volumes et la sobriété de la décoration l'inscrivent dans les principes de l'Art Déco, très en vogue à l'époque. | | | | | | Quand je montais à bord [d'un paquebot], j'avais toujours avec moi des bouteilles de parfum que j'échangeais contre des cartouches de cigarettes américaines. Une bouteille contre 4 ou 5 cartouches.
| | | | | — Michel François, marin sur le remorqueur Abeille 10 | | | | | | | | L'hôtel Atlantique a ouvert ses portes en juillet 1922 pour répondre aux besoins de l'émigration à Cherbourg. (©DP) | | | | | Mise sur pause pendant la Première Guerre mondiale, l'émigration reprend de plus belle à peine l'encre des traités de paix séchée. Dès 1920, avec 70 000 passagers passés par Cherbourg, on a retrouvé, et même dépassé les chiffres d'avant-guerre.
Problème : la capacité hôtelière de la ville n'est pas suffisante pour absorber ce flot humain, qui reste plusieurs jours à Cherbourg avant d'embarquer. Dès le mois d'octobre 1920, les trois compagnies Cunard, White Star et Red Star achètent un terrain situé en bordure des Mielles, pas très loin de l'embarcadère.
Dessiné par l'architecte René Levavasseur, à qui sera confié plus tard la gare transatlantique, l'hôtel Atlantique est ouvert en juillet 1922. Il peut accueillir 2 500 personnes. Il fonctionnera à plein régime pendant 10 ans. Jusqu'à ce que les Américains ayant fermé leurs frontières, le flot des émigrants se tarisse.
Les émigrants restaient 12 jours à l'hôtel Atlantique, soit la durée de quarantaine imposée par les autorités américaines d'émigration. Ils y passaient des examens médicaux, les "infectés" étant logés dans une autre partie que les "désinfectés".
L'hôtel possédait tout le "confort moderne" : chauffage, eau courante à tous les étages, deux réfectoires (dont un réservé aux émigrants juifs), des salles de bain, une bibliothèque, des lingeries, un salon de coiffure.
Une fois installés et la corvée des tests sanitaire passée, les émigrants sont libres de leurs gestes. Ils peuvent alors déambuler dans Cherbourg. | | | | Classé monument historique en 2001, l'hôtel Atlantique est un des rares bâtiments de l'histoire de l'émigration européenne à avoir survécu au temps. | | | | Quel rôle a joué le comité d'aide aux migrants ? | | | | | Certains locaux ne s'embarrassent pas de dire ce qu'ils pensent de cette "invasion". En 1927, des hôteliers se plaignent ainsi auprès du Préfet de la Manche du "passage de plus en plus important d'émigrants".
Pour redonner du baume au cœur des "étrangers, des élus municipaux, la Chambre de commerce, des représentants des compagnies maritimes, des autorités religieuses et quelques bonnes âmes créent le Comité d'aide aux migrants, en 1923.
Ensemble, ils veulent rendre le plus agréable possible le plus ou moins bref séjour des émigrants à Cherbourg. C'est ce collectif qui décide par exemple d'écrire directement au président américain Coolidge pour l'alerter sur le sort des Russes coincés à Cherbourg par les quotas de nationalité mis en place à la douane américaine.
C'est encore ce comité qui publie un Guide de l'émigrant. Tiré à 50 000 exemplaires et en 7 langues (anglais, allemand, yiddish, hongrois, italien, tchèque et français), le guide indique où trouver adresses locales utiles (consulats, bibliothèque, église) et conseils pratiques (comment éviter de se faire entourlouper par les escrocs ?) | | | | | | En 1922, on calcule que la présence permanente de quelque 3 000 émigrants à Cherbourg, rapporte quotidiennement 45 000 francs de l'époque au commerce local. A titre de comparaison, le salaire horaire d'un ouvrier de l'arsenal à cette époque oscille entre 3 et 4 francs. | | | | | | Ma tante n'avait pas les moyens de se payer une croisière entière, alors elle prenait le ferry pour l'Angleterre, embarquait sur le Queen à Southampton, et le lendemain matin était de retour à Cherbourg. C'était son petit plaisir annuel.
| | | | | — Elisabeth, souvenirs d'enfance d'une Cherbourgeoise | | | | La gare transatlantique et ses métiers | | | | | 💵 Jeanine, ancienne vendeuse à la parfumerie de la salle des pas perdus. "C'était uniquement des passagères qui venaient, et certaines repartaient avec une valise remplie de parfums : Dior, Hermès, Guerlain... Toutes les grandes marques françaises".
🧰 Théophile, ancien responsable mécanique de l'outillage de la gare transatlantique. Comme il devait être disponible rapidement et à tout moment, Théophile disposait d'un logement de fonction dans la gare, où il habitait avec sa femme et ses filles. "Quand il n'y avait pas d'escales, on avait toute la gare maritime pour nous", se souviennent ces dernières.
👨✈️ X..., ancien pilote du port de Cherbourg. "Avant, j'étais au marin au long cours, mais je m'étais marié, j'avais des enfants : être pilote portuaire était le meilleur compromis entre continuer à être marin, tout en étant souvent à terre".
📩 Marc, ancien postier. "Je parlais anglais couramment et quand j'ai su qu'il y avait un bureau de poste à la gare transatlantique, j'ai demandé à y être affecté. (...) Quand nos clients demandaient une conversation téléphonique, c'était souvent pour l'autre bout du monde : c'est nous qui composions le numéro, on réveillait souvent le destinataire à cause du décalage horaire".
⚓ Michel, ancien marin sur le remorqueur Abeille 10. "En général, il y avait cinq remorqueurs mobilisés [pour chaque paquebot]. Quand on était à quai, on entretenait le bateau : peinture, astiquage des cuivres... Le bateau devait être beau... C'était une question d'image". | | | | | | On se débrouillait pour repérer des passagers que les dockers n'avaient pas encore pris en charge et on leur demandait s'ils voulaient qu'on s'occupe de leurs bagages. (...) ça nous permettait de gagner quelques pourboires.
| | | | | — Marc et Jacques, souvenir d'enfance de Cherbourgeois | | | | | | | | | | Une telle histoire valait bien un hors-série de La Presse de la Manche. Bateaux emblématiques, escales historiques, confidences de vedettes en goguette, enquête sur le trajet des émigrants à travers l'Europe jusqu'au navire qui doit les emmener à New York...
... Mais aussi, témoignages de Cherbourgeois ayant travaillé, voire vécu à la gare transatlantique, regards d'artistes s'étant inspiré du bâtiment de la gare transatlantique, le tout illustré par plus de 200 documents (photos, plans, dessins…). Voilà déroulé sur 120 pages la saga transatlantique de Cherbourg. | | | | | | | | Partagez cette newsletter !
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