Où l'on découvre l'ancêtre des sites de rencontre.
1538. Veuf depuis peu, le roi d’Angleterre est à la recherche d’une quatrième épouse. Et pour cela, HenriVIII veut connaître l’apparence des princesses célibataires en Europe.Pas si simple, quelque trois siècles avant la photographie ! Coup de chance, le roi a ce qu’il lui faut en la personne de Hans Holbein, son peintre officiel.
Le souverain envoie l'artiste en mission pour faire le portrait des princesses en question. À Bruxelles, l’artiste rencontre donc la très convoitée Christine de Danemark qui pose trois heures pour lui.
Hans Holbein, Portrait d'Henri VIII (détail), après 1537, huile sur toile, 230 x 134 cm, Walker Art Gallery, Liverpool
Cliquez pour voir le portrait en entier Hans Holbein, Portrait de Christine de Danemark (détail), 1538, huile sur bois, 180 x 82 cm, National Gallery, Londres
Peu de fantaisie dans ce tableau, qui répond à des enjeux précis. Il est en pied afin de montrer toute la silhouette, et de face. Eh oui, on soupçonne les portraits de profil de cacher les défauts du visage ! Un détail donne une impression d'intimité : les mains nues de Christine, qui tiennent ses gants.
L’ensemble dégage cependant unecertaine froideur. Les riches vêtements de Christine de Danemark sont entièrement noirs, la jeune femme portant le deuil de son premier époux, et elle arbore un visage plutôt fermé. Il faut dire que Christine n’a pas très envie d’épouser HenriVIII… Surnommé Barbe Bleue, celui-ci a répudié sa première femme et fait exécuter la seconde! La jeune veuve aurait même dit: "Si j'avais deux têtes, j'en mettrais volontiers une à la disposition du roi d'Angleterre."
Hans Holbein, Portrait de Christine de Danemark (détail de l'œuvre)
Cela n’empêche pas Henri VIII de craquer pour elle en recevant le tableau. Heureusement pour la jeune femme, sa tutrice ne souhaite pas l’envoyer entre les griffes du roi d’Angleterre et l’alliance n'est pas conclue. Henri VIII, contrarié, décide de garder tout de même le tableau au lieu de le renvoyer.
Le souverain choisit finalement une autre princesse, Anne de Clèves, également portraiturée par Holbein. Et il s’en mordra les doigts : le tableau, trop flatteur, ne ressemble pas au modèle. En la voyant arriver, Henri VIII la répudie aussi sec ! Comme quoi, les portraits du 16e siècle n'étaient pas plus fiables que les photos de nos sites de rencontre...
Hans Holbein, Portrait d'Anne de Clèves, 1539, vélin collé sur toile (à l'origine sur bois), 65 x 48 cm, Musée du Louvre, Paris
"Tout portrait se situe au confluent d'un rêve et d'une réalité." Georges Perec
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On le voit grâce à ce tableau d’Holbein : l’histoire de l’art est une mine d’informations pour mieux comprendre les sociétés qui nous ont précédés. C’est le pari de Solène Potier de Courcy dans son livre Oh ! Pét’art, Amour, sexe, potes, famille... comment relativiser sa vie grâce à l'histoire de l'art.
Armée de pédagogie et d’un humour décapant, celle qui détourne habituellement les tableaux de manière décalée sur son compte Instagram s’attaque dans cet ouvrage à de grandes questions. Comment draguait-on avant les applis de rencontre ? Comment représentait-on l’homosexualité ? Le célibat ? Pour le savoir (et pour vous procurer le livre), c'est par ici.
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