Sous les marronniers du parc des Bastions, le cri des glaciers | – Eléonore Sulser | A Genève, cinq photographes donnent à voir la haute montagne aux prises avec le changement climatique. Une exposition poignante Sous les marronniers du parc des Bastions, en pleine ville de Genève, on perçoit comme un écho du craquement profond des glaciers, on devine le cri silencieux des montagnes malmenées par le réchauffement climatique. Cette exposition, en plein air, organisée en marge de la 7e édition du Festival international du film sur les glaciers du 1er au 3 décembre prochain, à la Maison des arts du Grütli, s'intitule Témoins de glace. Les «témoins», ce sont à la fois les cinq photographes dont sont présentées les œuvres – Thomas Crauwels, Nicolas Crispini, Bernard Garo, Eddy Mottaz et Jacques Pugin – et les montagnes elles-mêmes, sujets de leurs travaux. Témoin encore, Jean Jouzel, climatologue et glaciologue, qui présente l'exposition en rappelant que «dans l'hypothèse d'une élévation des températures moyennes de 3 °C, la surface englacée dans les Alpes diminuerait de 80%. Et si la hausse atteint 5 °C, seuls les plus grands glaciers, comme celui d'Aletsch ou ceux situés à des altitudes supérieures à 3500 mètres, subsisteront.» Majestueux et mélancolique Les photographies dessinent un parcours majestueux et mélancolique, inquiétant aussi. Thomas Crauwels saisit les montagnes comme des personnages, portraits de géants blancs aux larges épaules, qui remplissent l'image, touchant un ciel minuscule. Cette puissance des monts apparaît blessée chez Bernard Garo, qui montre l'écorce griffée du glacier de Fee «comme une peau de chagrin» ou comme le résultat d'une violente «scarification»; à quoi s'ajoute un champ de bataille désespéré, le glacier du Rhône recouvert de bâches. Nicolas Crispini se coule dans les plis géologiques, donnant à voir des formes premières qu'il a pourtant débusquées sur Google Earth. Ce détournement de la technologie, travaillé en noir et blanc, révèle les tracés de forces telluriques, patientes, complexes et brutes. Le photographe du Temps Eddy Mottaz explore les états, les textures et les couleurs des monts et de la glace – c'est blanc, c'est bleu, c'est noir – en quête d'une «vibration» particulière, poétique, ultrasensible. Il pointe la richesse, la diversité inouïe qui risquent de disparaître. Par ses images superposées, comme en mouvement, tout en masse et en transparence en même temps, Jacques Pugin met en scène des paysages fantômes, qui peut-être, bientôt, seront effacés ou, en tous les cas, irrémédiablement transformés. Témoins de glace. Nos glaciers alpins, sentinelles du climat, à voir jusqu'au 9 novembre au parc des Bastions. |
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