A l'EPFL, l'architecture s'ouvre aux déambulations virtuelles | – Olga Yurkina | L'Ecole fédérale polytechnique de Lausanne accueille quatre installations des architectes néo-zélandais, qui invitent l'humain à explorer la frontière entre les espaces physique et virtuel Des faisceaux de colonnes poussent du sol et dessinent au plafond un feu d'artifice de voûtes en ogives. Une rosace gothique s'ouvre comme une fleur et se déploie en dentelle tridimensionnelle. Quelques secondes plus tard, l'esprit s'oublie dans la broderie de fils lumineux qui construisent autour d'eux des édifices imaginaires. Cette expérience méditative en 3D, baptisée LightTank II, fait partie des quatre installations immersives visibles à EPFL Pavilions. Conçues à l'Université d'Auckland par l'architecte Uwe Rieger et l'artiste Yinan Liu et auparavant exposées séparément, elles sont réunies pour la première fois au sein d'une exposition, orchestrée par la professeure Sarah Kenderdine, directrice d'EPFL Pavilions. «Alors que les espaces connectés et l'intelligence artificielle sont souvent associés à la surveillance, nos collègues néo-zélandais se sont demandé comment intégrer la technologie dans l'architecture de façon qu'elle soit focalisée sur l'humain», explique Loïc Sutter, chargé de communication à EPFL Pavilions. Pour explorer les rapports entre l'humain, l'architecture et l'espace virtuel, on déambule à la frontière entre le réel et l'onirique digital, entre structures ancrées dans le monde physique et illusions d'optique. Les formes tangibles se rapportent aux algorithmes, en manipulant un objet matériel, on a l'impression de malaxer l'espace virtuel, ou du moins, de communiquer avec. L'expérience peut se révéler fascinante ou déstabilisante. LightWing II semble d'abord un brin agressif, avec sa nuée de fleurs-insectes coupantes. On a beau savoir qu'il s'agit d'un hologramme, elle n'est pas sans rappeler les oiseaux d'un certain classique d'horreur. Un vortex de velours viendra à votre secours en signalant un changement de décor. Plus loin, on peut être par moments déconcerté en conversant avec LightSense, un corps interactif piloté par l'intelligence artificielle, qui a développé son vocabulaire – et certainement, sa sensibilité – à partir de 60 000 poèmes, laissant l'émotion modeler l'environnement ambiant. La dernière installation, LightScale II, évolue quant à elle au contact humain, en fonction d'une impulsion qu'on lui donne, créant un océan numérique fluctuant où les espaces physique et virtuel semblent confluer. Concevoir un espace hybride La dernière installation, «LightScale II», évolue quant à elle au contact humain, en fonction d'une impulsion qu'on lui donne, créant un océan numérique fluctuant où les espaces physique et virtuel semblent confluer. Au-delà de l'aspect ludique, quelles seraient les applications réelles de cette architecture hybride, baptisée «cyberphysique» par ses créateurs? «Alors que les composants digitaux et connectés sont en train de devenir partie intégrante de nos villes et de nos bâtiments, notamment dans les «maisons intelligentes», ils restent en général cachés ou ajoutés après-coup à l'architecture, expliquent-ils. Les systèmes d'IA évoluent mais la conception de base et la façon dont les gens voient et utilisent l'espace restent les mêmes.» Dans leur laboratoire Arc/Sec, ils explorent des solutions qui «intègrent les fonctions et comportements numériques dans la conception même des bâtiments: nous testons nos idées par le biais d'installations spatiales interactives, qui permettent de comprendre la façon dont les gens vivent les espaces hybrides.» Un exemple concret de cette nouvelle approche existe désormais au sein de l'Université d'Auckland: c'est un prototype d'espace de travail collaboratif pour la recherche sur le cancer, conçu en partenariat avec des chercheurs en oncologie. Il doit faciliter la compréhension du développement de la maladie grâce à la visualisation des données en réalité augmentée, dans un espace à la fois réel et numérique. «Cyber Physical. Architecture in Real Time», EPFL Pavilions, Lausanne-Dorigny, jusqu'au 16 juin 2024. Entrée libre. |
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