| Chère lectrice, cher lecteur, J'espère que vous avez passé un bon week-end. En préparant la petite sélection d'articles de cette édition du Vestiaire, je me suis remémoré que, pour pratiquement chacun d'entre eux, quelqu'un m'a demandé: «Toi qui es journaliste sportif, qu'est-ce que tu penses de…?» Je déçois régulièrement mes interlocuteurs, qui attendent une opinion définitive alors que je n'en ai pas forcément à fournir – ceux qui en ont de toutes faites sur tous les sujets m'étonneront toujours, je les envie parfois, ce doit être reposant. Moi, mon truc, c'est plutôt de dessiner les contours du débat. Parfois un défi en soi. Parfois un exercice assez évident. Comme dans le cas du retour des JO en Suisse à l'horizon 2030 ou 2034. En gros, il s'agirait d'organiser l'édition la plus durable possible, la plus raisonnable de très longue date, avec un budget de quelque 1,5 milliard de francs qui ne nécessiterait que 100 millions de francs d'argent public, sans nouvelle construction sportive et sans aménagement majeur dans le pays. L'événement répartirait ses épreuves sur tout le territoire. Face à ce projet, deux postures m'apparaissent intellectuellement tenables. On peut le rejeter par opposition fondamentale aux Jeux olympiques. Par conviction qu'un événement sportif aussi important, surtout en hiver, n'est pas adapté à notre monde en crise climatique. Par crainte que la fin du gigantisme soit moins facile à exécuter qu'à décréter. Voire par défiance vis-à-vis du sport de haut niveau, de ses excès, de ses travers. Oui, pourquoi pas, on peut penser que les JO ne sont justifiés en aucune circonstance. Si on souhaite au contraire que l'aventure olympique continue, difficile de dessiner un projet plus convaincant que celui de Swiss Olympic. D'abord parce qu'il est mieux ici qu'ailleurs: le pays cumule la forte tradition des sports d'hiver et l'essentiel des infrastructures nécessaires. Ensuite parce qu'il est mieux comme ça qu'autrement: organisé à l'échelle d'un pays plutôt que d'une région, basé sur l'existant tant pour le sport que pour les déplacements et le logement, profitant de l'expérience récente d'organisation de différents Championnats du monde. Enfin parce qu'il est mieux maintenant que plus tard: le CIO attribuera les éditions 2030 et 2034 l'été prochain, avant de se laisser du temps pour préparer un avenir très incertain. Il faut oser écrire que c'est peut-être maintenant ou jamais. Reste la question de la validation démocratique, gérée de manière un peu paradoxale par les promoteurs. D'un côté, ils affirment qu'ils n'en ont pas vraiment besoin, en expliquant pourquoi il n'y aura probablement pas de référendum et comment ils s'adapteraient le cas échéant. Mais de l'autre, ils mettent quand même en avant le soutien populaire dont bénéficie leur projet, en se basant sur les résultats d'un simple sondage, effectué auprès d'environ 1000 personnes, sans débat public préalable, sans que le pour ou le contre ait pu être soigneusement pesé… Vous qui êtes abonné à cette newsletter, qu'est-ce que vous en pensez? Pour ou contre le retour des JO d'hiver en Suisse, et pourquoi? N'hésitez pas à me le dire par courriel à lionel.pittet@letemps.ch. A moins que vous ne préfériez parler de Murat Yakin, de pelleteuses à l'oeuvre sur un glacier ou d'autre chose, bien sûr. Bonne lecture et bonne semaine! | – Lionel Pittet, journaliste à la rubrique Sport | |
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